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Discussions au fil de l'eau.

Prix International Arthur Rimbaud 2023

Voir ci-dessous

L'essor poétique lance, pour son cinquantième anniversaire, le concours des 50emes Jeux Floraux.

Je vous mets ci-dessous le contenu et le règlement du concours :

Concours 2023

Exposition de l'Essor poétique

La-Roche-sur-Yon

15 au 19 Novembre 2022

Avec récital de poésie le 16 novembre de 16 h à 18 h. 

Entrée gratuite

affiche expo essor poétique

Société des écrivains de Vendée

Concours de nouvelles 

Je vous mets ci dessous un lien vers le concours de nouvelles de la société des écrivains de Vendée :

https://ecrivainsvendee.files.wordpress.com/2021/1...

Et un lien vers le bulletin de participation : 

https://ecrivainsvendee.files.wordpress.com/2021/1...

Celles et ceux qui souhaitent participer ont jusqu'à fin février 2022 pour le faire.

Essor poétique

49ème JEUX FLORAUX

Vous trouverez ci-dessous le règlement des 49ème jeux floraux.

Ce concours fait une part très importante à la poésie classique notamment. Les exigences de la prosodie sont très strictes, mais il existe des sections moins contraignantes ainsi que les sections ouvertes au conte et à la nouvelle.

Alors à vos plumes, laissez une chance à votre talent de toucher un public passionné.

49 eme Jeux Floraux La Roche sur Yon

Jeux floraux 2020 La Roche-sur-Yon

organisés par l'essor poétique

Prix de la nouvelle pour mon texte :

Julie et Julot

Prix de la nouvelle 2020

Julie et Julot

Perrig se lavait dans ces espèces de grandes coupelles autour desquelles une dizaine de robinets lâchaient en continu des giclées d'eau froide surmontées de distributeurs de savon liquide. Il était torse nu. Il tentait d'enlever autant les odeurs de l'usine que les souillures de la journée. Pourtant il s'épandait ainsi d'autres fragrances qui le relieraient toujours à ce qu'ils appelaient tous la mine, bien qu'il s'agisse d'une usine d'automobiles. Il échangeait dans son placard ses fripes de travail qui lui étaient fournies, lavées chaque semaine, avec ses habits de tous les jours, ses nippes comme il disait. En passant par la pointeuse, il suivait rituellement le flux des ouvriers qui se déversait vers la sortie. D'autres empruntaient la voie vers les parkings géants où les attendaient des véhicules plus bigarrés, moins bien rangés que les voitures neuves stockées provisoirement au cordeau avant d'être envoyées vers leurs destinataires. Les autobus attendaient leurs voyageurs car nombreux étaient les travailleurs qui n'avaient pas les moyens de posséder les voitures qu'ils fabriquaient. Quelques bistrots attendaient cet afflux de clients que les sirènes avertissaient de ce moment attendu par tous. Les jours de paye, un petit marché ambulant profitait des liquidités que tenaient précieusement en ce début des années soixante des hommes ou des femmes qui pourraient se laisser aller à acheter un objet ou un vêtementdans un élan compulsif.

Pierre, Perrig en Breton était un jeune homme de vingt ans. Un de ces gamins déracinés dont les origines Bretonnes ne se voyaient pas que dans le prénom. Son nom sonnait comme le granit rose de la côte d'où était venu son père : Caradec.Sa maman aussi venait de cette région, mais ne parlait pas la même langue, elle c'était le Gallo utilisé autour Rennes.

Les Bretons étaient donc nombreux dans cette ville d'île de France où ils étaient venus chercher du travail. La grande usine SIMCA était la plus importante des entreprises industrielles qui foisonnaient autour. Les constructions suivaient le développement de cette cité, rognaient de plus en plus sur les terres agricoles ancestrales que les provinciaux nouvellement installés appréciaient. Les copains du jeune homme avaientpour la plupart des origines de ces départements enfoncés dans l'atlantique. Les rituels et les coutumes perpétuaient cette appartenance comme le grand pardon des Bretons au parc Meissonnier qui chaque année attirait une foule considérable. En dehors de vacances passées avec leurs parents au pays comme ils disaient, l'attachement Breton était tout de même de plus en plus ténu.

Perrig n'avait pas les moyens de s'acheter une voiture, aussi prenait-il parfois le train pour sortir avec ses potes dans des boîtes Parisiennes le weekend. Quelques-uns de ses amis avaient des caisses comme ils disaient fièrement. Des bagnoles un peu anciennes comme des Panhard ou de vieilles arondes de chez Simca. Ils s'entassaient alors tant bien que mal. Ils se cotisaient pour payer l'essence à celui qui les transportait. Un samedi soir, après qu'ils eurent passé une partie de l'après-midi au café de la gare,ils décidèrent de l'endroit festif où ils allaient passer cette soirée tant attendue en semaine. Il y avait là plusieurs garçons, dont Perrig, qui étaient seuls. Ils espéraient trouver une fille à draguer au manoir ou dans une autre discothèque. Deux étaient accompagnés de leurs femmes. Non qu'ils soient mariés, mais c'est ainsi qu'on appelait les filles qui étaient en couple avec un mec. Fiancée faisait trop ringard. Il y avait aussi ce soir-là, Gaëlle qui était sortie la semaine précédente avec Fred. Ce dernier avait fait une apparition au bistrot dans l'après-midi.Lorsqu'il avait vu que Gaëlle était présente, il avait fait demi-tour, ne souhaitant pas donner suite à une idylle assidue avec elle. Il est vrai que cette belle jeune fille traînait avec elle une réputation sulfureuse. Elle avait déjà deux enfants qu'elle laissait parfois à ses parents le weekend pour pouvoir elle aussi vivre sa vie. Fred n'était pas bien loin, il planquait par-là espérant que la jeune femme ne suivrait pas la troupe et qu'il pourrait retrouver ses potes d'une manière ou d'une autre. Dommage pour lui, Gaëlle décida de sortir avec la bande qui se répartit entre les deux voitures. Comme la place manquait, la jolie jeune femme potelée atterrit sur les genoux de Perrig. Les rondeurs assumées de la blonde ne pesaient pas trop, ses cheveux s'écoulaient sur la poitrine du garçon lui balayant le visage lorsqu'elle les secouait d'un bref mouvement de tête. Il entourait la taille de la belle en se laissant griser de la douceur de sa peau qu'il effleurait du bout des doigts car son pull en position assise ne couvrait pas les larges hanches. Sur le parking de la discothèque, tout le monde descendit, pas Perrig ni Gaëlle qui mirent un peu de temps à se sortir de ce corps à corps imposé qui les avait grisés. Le conducteur amusé lança avec un sourire :

  • -"Je vous laisse les clefs sur le tableau de bord, prenez votre temps"

Les deux intéressés avaient à peine entendu que déjà, assis côte à côte, ils s'embrassaient goulûment en se caressant. La jupette de Gaëlle ne cacha pas longtemps sa culotte. Dans un geste adroit elle avait dégrafé son soutien-gorge. Perrig sans le retirer l'avait délicatement soulevé pour libérer la généreuse poitrine de la jeune femme. Les vitres de la voiture s'embuèrent rapidement. Les amortisseurs jouaient un rôle inhabituel en position de stationnement. Lorsque leurs ébats se firent plus calmes, les deux jeunes continuèrent à se caresser, à s'embrasser tendrement. La belle apprécia beaucoup cette affection d'après l'amour. Elle n'y était pas trop habituée. Les mecs souvent, après une étreinte endiablée se remettaient de leurs émotions en réajustant leurs vêtements. Ils étaient capables de passer très vite à autre chose. Elle ne leur en voulait pas. Ils étaient comme ça. Mais celui-là avait des manières qui n'étaient pas habituelles envers elle. Ils ne descendirent de la voiture que pour faire quelques pas. Ils n'entrèrent pas dans le dancing. Inutile de dépenser de l'argent pour écouter la musique qu'ils entendaient du dehors. Ils préféraient se tenir enlacés, sans chercher d'autres sensations que ce bien-être qu'ils ressentaient. Ils n'avaient pas besoin de vouloir se séduire, ni de se faire des compliments. Ils se sentaient bien tous les deux adossés à la caisse de leur copain.

Perrig et Gaëlle ne devinrent pas un couple. Gaëlle resta Gaëlle avec sa sulfureuse réputation, pas la femme de Perrig. On prêta à ce dernier la faiblesse de s'abandonner à la facilité d'une relation avec cette fille. Ni lui ni elle n'en voulurent à personne de penser de la sorte. Ils se moquaient totalement l'un comme l'autre de ce qu'on pouvait penser d'eux. Gaëlle, fille unique, habitait encore chez ses parents avec ses deux enfants. De braves parents qui n'en voulurent jamais à leur fille de subir ces aléas de la vie. Déjà, l'une des grands-mères de Gaëlle était venue de sa Bretagne natale à la suite d'un enfantement. Elle avait dû abandonner son bébé pour devenir nourrice dans la capitale. Puis une fois son lait tari, elle avait dû travailler à l'usine. Elle eût souvent à subir la lubricité masculine. Ce couple n'avait qu'une fille, mais ses deux mômes, même sans mari faisaient leur bonheur, ils suffisaient à éclairer leur ciel.De son côté, lorsque Perrig retrouvait Gaëlle, qu'ils décidaient de passer la soirée ensemble, il ne se posait pas la question du qu'en dira-t-on. Ce n'était pas une fille compliquée. C'est justement ce que le garçon appréciait énormément. Il aurait donc été de bien mauvaise foi de lui en tenir rigueur. Mais alors? Et l'amour? Oui, c'était une bonne question. Elle ne cherchait pas à mettre un nom sur les sentiments qu'elle pouvait éprouver pour ce garçon, elle avait tellement été déçue de ses premières relations d'adolescente. Lui se sentait bien traversé à l'occasion par un certain tourment, mais il ne savait pas le nommer. C'est pour cela qu'ils se contentaient de ces moments intimes, de repas dans des petits bistroquets, de balades dans Paris, parfois de promenades en barque au bois de Boulogne. Mais ce n'étaient que des escapades de début de mois car les finance du jeune homme suffisaient justes à payer le loyer de son petit studio et de quoi subsister chichement. Les fins de mois étaient rudes. De plus, Gaëlle était bien allée une fois ou deux chez Perrig mais elle se refusait à y aller sans y être vraiment invitée.

À l'usine, un jour en se lavant autour de la piscine comme les ouvriers appelaient ces lavabos géants, un collègue immigré s'approcha de Perrig. Il se mit à lui parler timidement. Ils s'assirent sur un banc devant les vestiaires où ils pouvaient changer leurs chaussures de travail pour de plus légères. L'homme demanda à Perrig s'il avait une petite amie ?

  • -J'ai une amie lui répondit-il, mais on ne sort pas tout le temps ensemble, chacun vit sa vie, on se retrouve de temps en temps.

La conversation s'alourdit. L'homme lui demanda s'il était possible qu'elle, ou une autre qu'il connaîtrait accepte d'avoir une relation avec lui ?

Perrig resta sous le choc. Il répondit évasivement. Le soir, il retrouva Gaëlle au café. Après quelques embrassades, elle remarqua qu'il était pensif. Elle eut tôt fait de l'amener à lui dire ce qui justifiait sa mine renfrognée. Alors, il lui raconta ce que lui avait dit cet homme.

  • -D'où vient-il ?
  • -Je crois qu'il vient de Grèce lui répondit-il.
  • -Il est marié ? Oui, je crois, mais il vit seul en France.
  • -Il est vieux ?
  • -Non, une quarantaine d'années me semble-t-il.
  • -Il est moche ?
  • -Non, il a l'air sympa, mais bon, qu'est-ce que je peux faire pour lui moi ?

La jeune femme hésita, elle mit sa main sur celle de Perrig.

  • -Je pourrais peut-être lui rendre service, tu m'en voudrais ?

Perrig restait ébahis. Il n'avait pas pensé une seconde à ça.

  • -Ben ! je n'sais pas. Non, mais je ne t'ai jamais demandé ça.
  • -Non, je sais, mais comme ça, ça ferait un peu de sous pour nous payer le resto.

Perrig était extrêmement gêné. Ce n'était pas une question de morale pour lui, mais il s'en voulait que Gaëlle envisage de se prêter à ce jeu pour pouvoir lui payer le resto, lui qui aurait dû pouvoir le faire s'il avait eu une situation plus importante. Gaëlle qui avait remarqué la gêne du garçon insista, elle finit par le convaincre de dire à son collègue qu'elle acceptait d'avoir de temps en temps une relation avec lui contre une somme déterminée. Perrig se sentait fautif. Mais il ne fit jamais de reproches à la belle, leur relation ne s'en trouvât pas affectée. La tendresse qu'ils ressentaient l'un pour l'autre n'avait d'égal que l'attirance qu'ils éprouvaient, qui les emportait dans de frénétiques ébats amoureux suivis de longs moments de câlins, de douces caresses. Gaëlle eut d'autres rencontres qu'avec le collègue de Perrig. Elle proposa parfois à son amoureux de le dépanner lorsqu'elle le voyait fauché. Mais s'il acceptait qu'elle lui offre le restaurant ou qu'elle paye parfois l'entrée d'une boîte, il refusa toujours qu'elle le dépanne financièrement. Lorsque l'argent lui manquait, il préférait rester chez lui et attendre la prochaine paye.

Un jour, Perrig entendit frapper à sa porte. Il ouvrit. Il se retrouva devant un homme qui lui présenta sa carte de police. C'était un inspecteur. On l'amena au poste où il dut répondre à un interrogatoire. On lui expliqua ce qu'on lui reprochait.

  • -Ce que vous faites monsieur s'appelle du proxénétisme. La prostitution n'est pas interdite, mais ce qui est interdit, c'est de profiter d'une prostituée. Vous comprenez ?
  • -Non !

Perrig ne comprenait pas. Il n'avait pas incité Gaëlle à avoir ces relations. Il n'en profitait pas, en dehors de quelques sorties au resto. Mais il dut répondre devant la justice de ce qui était considéré comme un délit. Il lui était reproché de protéger une prostituée, de vivre à ses dépens.Plus grave, on l'accusait de l'avoir incitée à se prostituer. Malgré ses dénégations ainsi que celles de la jeune femme, il fut condamné à une sévère amende plus une peine de prison. Gaëlle était meurtrie. Elle était ravagée d'avoir conduit son homme, son amoureux, le seul à qui elle tenait, vers cette incarcération qui risquait de le détruire en mettant en cause la si belle entente qu'il y avait entre eux. Elle était devenue une Julie et lui un Julot. Elle vint chaque fois qu'elle le put, le voir au parloir. Une fois, elle y amena ses enfants. Il en fut extrêmement ému, mais le lui reprocha.

  • -Ce n'est pas un endroit où amener les mômes. Que penseront-ils de moi après ?
  • -Je le leur ai dit répliqua-t-elle, que c'était une erreur. Ils ont confiance en moi, autant qu'en toi. Ils t'aiment tu sais.

Les mois passèrent. Gaëlle avait cessé de rencontrer des hommes pour des prestations rémunérées comme on dit élégamment, elle avait arrêté de faire des passes quoi, de faire le tapin.

Après la sortie de Perrig, ils se revirent comme avant, avec des périodes où il fallait faire l'impasse de ces moments si intenses car Perrig avait toujours la même difficulté à gérer son maigre budget jusqu'à la fin du mois. Il aurait juste suffit qu'ils se retrouvent dans le nid douillet de Perrig. Mais ils avaient tous les deux cette délicatesse de ne pas vouloir déranger l'autre. Ils s'accordaient des pauses au cours desquelles chacun pensait à cet être qu'il chérissait. Ils ne voulaient pas s'imposer d'obligations, se sachant si sensibles à cette liberté qu'ils pouvaient avoir de choisir les moments où ils voulaient se retrouver pour vivre pleinement leur amour.

Pourtant, un jour, Gaëlle sut amener son taiseux à parler, à discuter de leur situation, de leur avenir. Il l'écoutait. Il savait où elle voulait en venir. Il ne pensa pas un seul instant qu'elle ait pu planifier depuis longtemps cette entrevue. Il y a des moments où les choses sont mûres pour être dites. Une femme avait cette capacité à mettre des mots sur tout ça. Lui pas mais il avait entièrement confiance en elle, il était admiratif de la voir présenter la situation de manière aussi calme, aussi claire.

Elle s'excusa d'abord de l'avoir conduit par son comportement au fond d'une cellule et qu'il ait maintenant à cause d'elle un casier judiciaire. Il ne l'interrompit pas, elle savait qu'il ne lui en voulait pas que la faute était partagée. Mais puisqu'elle le savait, ce n'était pas la peine qu'il lui coupe la parole. Elle lui proposa de vivre ensemble en trouvant un appartement un peu plus grand que le sien. Elle avait trouvé un boulot. Elle était correctement payée. En vivant ensemble, leurs frais seraient moindres que chacun de son côté. Ses parents continueraient de s'occuper des enfants quand eux travailleraient. Elle lui avoua qu'elle n'aurait jamais envisagé cela avec un autre que lui. Elle ne lui demanda pas une réponse de suite. Juste quand il aurait réfléchi.

Quelques jours plus tard, Perrig avait un air un peu solennel. En fait, il était très tendu. Il ne savait comment présenter ce qu'il avait à dire. Il lâcha tout simplement, sans artifices :

  • -Bon, j'ai réfléchi à ce que tu m'as dit. Pour nous, je suis d'accord. Pour les mômes, j'ai pensé que si tu acceptes, enfin eux aussi évidemment, je pourrais les reconnaître, qu'ils soient nos enfants. Ils m'appelleront papa ou continueront à m'appeler tonton si ils veulent ou Perrig, ça m'est égal. Mais je veux qu'ils soient nos mômes à tous les deux.

Les larmes coulèrent dans les yeux verts de Gaëlle

Les deux poulbots qui avaient la mer dans les mirettes eurent désormais un papa.

Jeux floraux de La Roche-sur-Yon 2021

organisés par l'essor poétique

Prix du recueil pour:

Toi et les p'tits oiseaux

prix du recueil 2021

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jeux Floraux 2022

Second prix 2022 des 49emes Jeux floraux de l'essor poétique de La-Roche-sur-Yon.

Je vous confie ce conte qui se passe en 1681 dans une maison qui fut celle de ma Grand-mère.

Le dragon du pigeonnier


En ce samedi de septembre de l’an 1681, les enfants Tessandier, Jean et Clément, rentraient le bois dans la cave de leur maison du bourg de Creil-Bournezeau, localité de cette région que l’on appelait, avant la Révolution française, le Bas-Poitou. La maison était située juste en face du château. Une trappe d’accès permettait de descendre dans le cellier, des bûches, du petit bois, pour la cheminée et la cuisinière, des barriques de vin ou de cidre. On y mettait aussi des légumes au frais et même des carottes pour les garder dans le sable. C’est là également que des jarres emplies de sel permettaient de conserver la viande de cochon entre autres. Ce jour-là, les gamins furent surpris d’entendre une cohorte de cavaliers qui se dirigeaient vers le château et entrèrent dans la place. Jean, le plus âgé des deux, vit un voisin porter la main à sa bouche et dire, terrifié : « Mon Dieu ! Ce sont des dragons. »
Leur tâche finie, les enfants refermèrent la trappe de la cave et remontèrent dans la maison informer leur famille de ce qu’ils venaient de voir.
Clara Tessandier, leur grande soeur, l’aînée de la fratrie, avait vu elle aussi les soldats passer entre les fossés du château et leur maison, puis entrer dans la grand-cour de la forteresse. Elle fut effrayée à l’idée que ce soient des dragons du roi car la signification était lourde.
En effet, la famille Tessandier, dont le père dirigeait un atelier de tissage, était protestante, comme, à cette époque, la plus grande partie de la population du Poitou qui avait adopté depuis longtemps la foi de ses seigneurs, majoritairement acquis à la Réforme prônée par Calvin et Luther. Cependant, ce n’était pas du goût du puissant roi Louis XIV pour qui le pays de France devait suivre sa doctrine : « un roi, une loi, une foi.» Cela excluait toute autre croyance et pratique que celle de la sainte Église catholique et romaine. Le nouveau seigneur des lieux, le très pieux Jean de Creil y vit une excellente opportunité pour tenter d’obtenir le titre de noblesse qui lui manquait pour prétendre à un mariage avec une aristocrate. Cela lui ouvrirait des alliances proches du roi et les fonctions qui s’en suivraient. Jean de Creil, par ses relations était parvenu à ses fins, Louis XIV érigeant Bournezeau en marquisat par lettre de patente et commutant le nom de Bournezeau en celui de Creil. Une seule condition à cela : Bournezeau devait désormais être catholique. Jean de Creil accéda ainsi à la noblesse, ce qui lui permit, puisque sa première femme était décédée, d’épouser en justes noces Suzanne d’Argouges, fille de François d’Argouges, président du parlement de Bretagne. Le mariage fut célébré par François d’Argouges, le fils, évêque de Vannes.
Ascension fulgurante qui allia désormais les intérêts de la Bretagne et du Bas-Poitou et plaça le marquis de Creil-Bournezeau dans le sillage du roi de France.
La famille Tessandier réunie autour du repas attendait la parole de Martin, le papa, qui semblait fort inquiet de la situation.
- Ne répondez jamais aux provocations qui ne manqueront pas de venir de la part des dragons. Surtout, évitez-les autant que possible et s’ils vous interpellent, répondez-leur toujours avec politesse.
Une fois seuls, les parents et Clara tinrent un conciliabule qui n’avait pas échappé aux oreilles indiscrètes des garçons cachés sous l’escalier. La famille devait envisager de fuir, car la seule alternative qui leur était proposée était : la conversion au rite catholique ou la mort. Renier leur foi était inenvisageable pour eux.
Le lendemain matin, avant que Martin ne fût parti à ses occupations, on frappa violemment à la porte. Livide, Emma Tessandier, la maman, ouvrit et vit, dans l’encadrement, un grand gaillard en tenue de dragon. Il s’adressa à elle, vigoureusement, mais poliment toutefois :

- Bonjour madame, je viens ici au nom de monsieur le marquis Jean de Creil-Bournezeau. Conformément à la loi et aux ordres que j’ai reçus, vous devrez me loger et assurer mon entretien. Il serait agréable à monsieur le marquis qu’en fonction des désirs de sa Majesté le roi Louis XIV, vous adoptiez la seule religion permise sur la terre de France, c’est-à-dire celle de la sainte Église catholique et romaine.
- Entrez monsieur, dit Martin, au côté de son épouse, en faisant signe au jeune dragon d’entrer dans la maison. Puisque nous devons vous loger et vous entretenir, nous le ferons et nous conformerons à tous vos souhaits. Cependant, ce que vous nous demandez en matière de religion est si lourd de sens pour nous qui, comme vous, sommes des Chrétiens, que je vous demande du temps pour y réfléchir.
Le jeune dragon impressionné par ce patriarche affable et coopératif, mais si droit et ferme cependant, accepta la proposition qui lui avait été faite et agréa l’offre de prendre la chambre de Clara. Elle se trouvait derrière le grenier, mais avait été aménagée en pièce tout à fait acceptable, sous le toit et de plus, avait précisé Martin, avait une fenêtre qui donne vers le château. Clara dut déménager dans la chambre occupée par les garçons au premier étage, au-dessus de la cuisine, lesquels migreraient avec leurs parents, dans celle au-dessus de la salle à manger, pièce principale. On fit monter le soldat par l’escalier en colimaçon qui menait de la cuisine au premier étage. Sur le palier, une porte ouvrait sur d’autres marches qui conduisaient au grenier où Martin, habituellement, pouvait monter du grain et des fruits secs comme des noix, noisettes, châtaignes et des pommes disposées sur des clayettes pour les conserver le plus longtemps possible. Une poulie accrochée devant la fenêtre à l’extérieur de la maison permettait de monter des charges assez lourdes directement depuis la cour. Quelques petits meubles et objets devenus inutiles étaient rangés là. À droite, une porte donnait sur cette mansarde que tout le monde appelait le pigeonnier. Derrière cette ouverture, le parquet était ciré, le plafond blanchi à la chaux, deux lits de coin étaient placés de part et d’autre, couverts d’édredons de plumes d’oie et bordés chacun d’une table de nuit. Juste en face se trouvait la fenêtre, qui donnait sur le château et qui lui permettrait de faire signe aux sentinelles de l’autre côté.
Le jeune et beau dragon avait l’air satisfait et il s’installa avant de demander l’heure des repas puisqu’il était entendu qu’il devait être nourri et blanchi.
Chacun au bout de quelques jours avait pris ses marques. Les manières courtoises du jeune soldat ne mettaient pas trop la pression sur la famille qui vaquait à ses occupations habituelles, même si la question la plus cruciale restait en suspens et les inquiétait tous.
Jules, c’était le nom du jeune militaire, était allé voir et contrôler l’atelier de Martin Tessandier et avait apprécié qu’on lui remette quelques toiles de serge qu’il pourrait apporter au château pour montrer les bonnes intentions de l’artisan et de sa famille. Il appréciait par ailleurs beaucoup le moment des repas avec des mets qu’il n’avait pas l’habitude de consommer, n’étant pas du Poitou. Une potée de haricots mijotait continuellement au bord de la cheminée, c’était un des plats principaux dans cette région où l’on cultivait beaucoup de légumes aussi. Le dessert était parfois composé de semoule de millet, céréale dont on raffolait dans le Bas Poitou, dans la mesure où elle poussait aisément sur les terres les plus pauvres. Le pain ne manquait pas, il était cuit tout près, dans le four banal, juste derrière la cour. Le four banal était mis à disposition des habitants du bourg par le seigneur moyennant une taxe et il était situé au bout de la cour de la maison des Tessandier. Il était accessible par un chemin qui longeait l’arrière des maisons et allait jusqu’à la route de Saint-Hilaire-le-Vouhis et d’autre part, par une venelle sur le bord de la maison voisine de Martin et sa famille. De grandes tartines grillaient dans la cheminée et recevaient des haricots étalés dont chacun se régalait. De bonnes soupes réchauffaient les corps. Tout en semblant obéir aux ordres du marquis, Martin Tessandier préparait la fuite de la famille, car, il le savait, rien ne pourrait faire fléchir Jean de Creil en ce qui concernait la conversion qu’il attendait. Ce dernier se glorifiait des chiffres d’abjurations obtenues par la force, même s’il omettait de compter les morts et ceux qui avaient fui. Le roi et ses ministres étaient satisfaits. Pourtant, ils ne mesuraient pas combien la province s’appauvrissait de tous ces départs et disparitions qui laissaient un grand vide dans les campagnes et surtout dans l’artisanat et l’industrie du textile. Jules Du-Toit, c’était vraiment son nom sans faire référence à la pièce qu’il occupait, le soldat vert comme l’appelaient les gamins, était tiraillé entre sa mission et l’affection qu’il avait finalement pour cette accueillante famille. Par ailleurs, il n’était pas insensible à la beauté de Clara, attirance du reste partagée, ce qui inquiétait ses parents qui n’en étaient pas dupes. Un matin, juste avant le départ de l’artisan pour son atelier, le dragon du roi reçut la visite de deux de ses supérieurs qui ne s’embarrassèrent pas de précautions oratoires. Introduits dans la salle à manger de la maison du tisserand, ils lui signifièrent vertement un ultimatum :
- Monsieur, vous n’êtes pas sans savoir ce que nous attendons de vous et des vôtres. Nous avons été trop patients. Nous vous accordons pourtant encore jusqu’à demain soir pour vous convertir et abjurer votre religion dite réformée. Dans le cas contraire, nous vous conduirons tous au cachot et vous devrez répondre de votre entêtement.
Calmement, Martin argua que son métier l’accaparait beaucoup, mais il accepta ce délai et assura qu’il donnerait sa réponse le lendemain en fin d’après-midi, en revenant de son atelier. Les dragons du roi envoyés par le seigneur de Creil-Bournezeau se montrèrent menaçants et lui promirent de très sévères représailles s’il ne se conformait pas au souhait du roi. De fait, tout était dit désormais. Le tisserand avait eu le temps d’organiser avec certains de ses amis un départ vers des terres lointaines où il pourrait s’exiler et vivre dignement. Tout était prêt pour la fuite. Le soir, lorsque leur soldat sentinelle fut monté se coucher, toute la famille sortit par la cour et fila dans la venelle qui passait devant le four banal avant de descendre vers le chemin qui menait à la route de Saint-Hilaire-le-Vouhis. Au milieu du chemin, une grande carcasse dissimulée sous une vaste pèlerine de serge leur barrait la route. C’était le dragon du pigeonnier, ils l’avaient reconnu. Sous sa grande cape, il était en civil. Clara Tessandier ne put retenir un sourire gêné.
- Père dit-elle, il va nous protéger, c’est moi qui lui ai confectionné ces vêtements. Je ne voulais pas vous en parler avant ce soir.
- Ta maman et moi avions deviné l’attachement qu’il y avait entre vous. Mais jamais je n’aurais pensé qu’il pourrait se joindre à notre évasion, lui qui était notre geôlier.
- Je ne vous trahirai pas, monsieur, il y a dans ma famille autant de protestants que de catholiques et je ne saurai être complice de votre disparition, autrement que par votre fuite à laquelle je vous propose de me joindre.
- Allons-y tous, répondit brièvement le père de famille en ajoutant : vous y compris, monsieur Du-Toit.
Jean, l’aîné des garçons, approcha ses lèvres de l’oreille de sa soeur et lui murmura :
- Finalement, Clara, le pigeon du toit, c’était une colombe !
Comme l’avait prévu Martin, au risque de leur liberté et de leur vie à tous, ils se faufilèrent jusqu’au logis des Humeaux, à quelques centaines de mètres de là, où un équipage les attendait. Ils partirent sur des chemins où ils ne risquaient pas de rencontrer des soldats et mirent assez de distance entre eux et leurs poursuivants. Ainsi, comme de nombreux protestants avant eux et d’autres après, ils purent rejoindre la mer et partir pour toujours, laissant une province qui perdait ses maîtres artisans et tout un savoir-faire, et qui s’appauvrissait de jour en jour. Elle mit bien longtemps à retrouver un peu de prospérité.


Christian Plain-Texier

Le dragon du pigeonnier (suite)

La maison où j'ai situé le conte "le dragon du pigeonnier", celle des Tessandier a été celle de ma grand-mère Texier, puis celle de ma tante et marraine. Elle appartient toujours à un membre de la famille. 

Elle est actuellement en réparations. La chambre, dite "Le pigeonnier" est située tout en haut, on aperçoit la petite fenêtre sur la photo ci-dessous, juste au dessus du godet de l'engin télescopique.

C'est dans cette chambre que nous dormions lorsque nous venions en vacances chez grand-mère Maria. Petite anecdote, il y avait dans le grenier un drapeau français que grand-mère nous demandait d'accrocher à la fenêtre le jour du 14 Juillet.

Maison Bournezeau