J'ai adressé une dizaine de poèmes dans les différentes sections proposées.
Aucun de mes poèmes n'a été primé.
Cela ne m'empêche pas de les aimer quand même, je ne les renie pas.
Je vous en livre donc ici quelques uns.. a peu qu'ils ne vous plaisent !
Par une âpre journée, un lourd soleil de plomb
Me déchire la peau, imprimant ses brûlures.
Pourtant je te devine à quelques encablures
Quand j’entre la moisson de froment bel et blond.
Je te sens, te respire, apaisant mes blessures.
Ton souffle doux et frais, tel un glaçon qui fond,
M’enveloppe et me ceint d’un bienfaisant frisson,
Qui me fait oublier les vilaines morsures.
Car la brise marine, infuse enfin le soir,
Calme et sérénité après la tâche rude.
Fini le dur labeur, fugace quiétude,
Laboureurs et marins apprécient l’encensoir.
L’océan boit alors la rouge foultitude,
La houle doucement, chasse, tel un miroir,
Signant avant la nuit des lendemains d’espoir,
Par-delà l’horizon, le feu, la turpitude.
La ria, de ses bras, traverse les décors,
Fait gicler les embruns, inonde la prairie.
Mais pour chacun de nous c’est comme une latrie,
Quand tanguent vivement les barques des corps-morts.
Jamais loin de mon cœur, la mer est ma patrie.
Je la sens dans mes veines irriguer tout mon corps.
Flot bienveillant qui vient nous porter ses trésors.
On la chérit, la craint, c’est pour ça qu’on la prie.
Oui, seule la musique peut être comparée,
Chantée ou opposée à l’océan, la mer.
Ouvrons grand la fenêtre, assistons au concert
Qui débute piano sur une mélopée.
Lorsqu’elle s’unit au vent pour entonner un air,
Marin ça va de soi, qui monte crescendo,
L’onde bruisse en dentelle, écume en trémolo,
Sous un soleil filtrant dans un ciel encor clair.
Imperceptiblement le tempo s’accélère
Alors que les couleurs, les contrastes et le son
Bousculent les accords, pourtant au diapason,
Dans un élan cuivré de frissons de colère.
Les haubans des bateaux sous les brusques rafales
Font jouer les violons, battre les percussions.
La houle emporte tout, sonne les carillons
Et bat la démesure en claquant des cymbales.
Allégro, les embruns cinglent sur le rocher,
Déferlantes jetées à l’assaut du rivage.
Fortissimo, le flux rejette sur la plage
Les bateaux disloqués venus s’y fracasser.
Point d’orgue de l’orage une corne de brume,
Lancinante agonie, harmonie, contrepoint,
Sonne l’heure du canon, fugue à brûle-pourpoint.
L’adagio salvateur apaise l’amertume.
Forme fixe : Pantoun
Au chaud soleil d’un ciel d’été,
Le chat s’endort sous la tonnelle.
Tout près de moi fume le thé,
Citron baigné, fine rondelle.
Le chat s’endort sous la tonnelle,
Un œil ouvert, décontracté.
Citron baigné, fine rondelle,
L’air embaumé d’un doux fruité.
Un œil ouvert, décontracté,
L’ouïe, périscope en sa tourelle.
L’air embaumé d’un doux fruité,
La radio joue la ritournelle.
L’ouïe, périscope en sa tourelle,
Quand la souris, vient, nez pointé !
La radio joue la ritournelle,
Comme à Nogent, de ce côté.
Quand la souris, vient, nez pointé !
Le chat la vise en sa prunelle.
Comme à Nogent, de ce côté,
Mais sans frou-frou ni de dentelle.
Le chat la vise en sa prunelle !
En devinant son fin bruité.
Mais sans frou-frou ni de dentelle,
Au chaud soleil d’un ciel d’été.
Forme fixe : Maillet
La belle enfant était si pure.
L’artiste peintre était aux anges,
Il frétillait de ses phalanges
En dessinant l’étrange épure.
Face au dragon, en saint Michel,
La belle enfant était si pure,
Qu’il esquissait d’une veinure,
Lui qui était romanichel.
Il ajoutait une jaspure
Et ce faisant naissait l’image.
La belle enfant était si pure,
Le virtuose en devint mage.
Puis il croqua fine guipure,
Et couvrit la belle adulée,
D’une voilette immaculée.
La belle enfant était si pure.
Insecte de citron des blondes céréales
Ou glauque prédatrice au cœur des verts pâtis,
Tes couleurs casuelles, aurores boréales,
Enflamment les élans des amoureux transis.
Or, tous ces prétendants de tailles inégales
Qui viennent roucouler, aux portes de l’oubli,
Peineront c'est certain à calmer tes fringales,
Une fois l'amour fait, le coït accompli.
Pourtant, ta tête en cœur, au port original,
Laisserait à penser que tu es investie,
De divine mission, au pieu cérémonial,
Avec les pattes jointes, après l’eucharistie.
Mais tu es sans pitié, ta froideur n'a d'égal
Que ta voracité, ta grande boulimie.
Ce frêle vermisseau dont tu fais ton régal,
Ne semble être pour toi qu’une fragile hostie.
Jamais tous tes efforts ne te feront cigale.
Malgré ta grande classe, le visage contrit,
Sous des dehors gracieux, tu es une mygale,
Qui consomme en priant son compagnon marri.
Peinture de mon ami Patrick Mosconi

Femme de retour dans l'espace,
Ne veut plus jamais qu'on l'efface.
Rabaissée, flouée, rejetée,
Elle se sentait abandonnée.
Ceux qui la croyaient loin et seule,
Leur revient dans la gueule,
Après quelques révolutions,
De nouvelles résolutions.
C'est le retour du boomerang
Qui déflagre comme un Big Bang.
Faux semblants, dénis et postures,
Ne masquent plus les forfaitures.
Drapeau noir sur météorite,
Tout un symbole ici s'effrite.
On peut partir de rien, d'une page toute blanche
Pour lancer un dessein, qui ne ressemblera
Qu'aux embûches parées, aux pièges contournés.
Le chemin emprunté n'a pas de cailloux blancs
Pour indiquer la voie, guider le voyageur.
Peu importe la cause qui te pousse à partir
Comme autrefois s’en furent les princes de Serendip.
Tu pars les poches vides, les yeux emplis d'étoiles,
Emprunter plein d’allant cette voie de lumière
Pavée de faux soleils qui ne te trompent pas,
La pensée à l'affut de la vie qui t'entoure.
Chaque pierre sur la route raconte son histoire.
Un brin d'herbe blessé, insectes affairés,
Une pomme qui choit, mollement sur le sol,
Un chocolat qui fond derrière une machine,
Baignoire qui déborde ou une moisissure,
Tant de faits anodins seraient restés stériles,
Sans attention savante, esprits illuminés,
Qui ont fait plus que croire à un jeu de hasard.
La sérendipité est plus qu'une surprise.
C'est comme un coup de foudre qui fait battre ton cœur,
Exalte tes pensées et tire le nectar
Des pollens sous le vent qui deviendront du miel
Et viendront générer, sur cette page vierge,
Un enfant qui, sans toi, serait resté sans vie.
Ce poème retrace l'histoire d'une usine du chef lieu Vendéen. La plus moderne et la plus importante de Vendée dans les années 1970/80. Elle a aujourd'hui disparu, vendue aux enchères jusqu'au dernier boulon. On a tiré un trait sur tous ces ouvriers qui ont vécu son grand essor et son déclin avec un mépris qui jette le déshonneur sur ceux qui se glorifiaent d'une réussite à laquelle ils n'ont apporté que leur arrogance, leur ignorance et leur nullité.
Ouvriers besogneux venus de leur campagne
A deux pas de chez eux quand ils craignaient l'exil
Connu par leurs parents ils ont été deux mille
La foire permanente leur promettait cocagne
Embauches continues la petite entreprise
Craquait au bord de l'Yon et dut déménager
Près du champ d'aviation l'ambition fut permise
On y fabriquerait des machines à laver
Quel étonnant symbole en ce milieu champêtre
Où l'on courbait l'échine obéir ou partir
Étaient les maîtres mots parfois les mots du maître
Là tout allait changer on n'allait plus subir
Des journées de huit heures à peine davantage
A l'abri dans l'usine comme dans les grandes villes
Le progrès nous venait nous disaient sans ambages
Tout grisés qu'ils étaient nos sémillants édiles
Qu'on vende ce bijou à de puissants vampires
N'attisait dans leurs yeux que la braise du lucre
Oniriques flatteurs voguant en plein délire
Ils embrassaient les pieds de ces géants de sucre
Puis la belle mariée devint une catin
Vendue au plus offrant offerte au moins disant
Puis jetée aux enchères Il n'en restera rien
Sous les coups de marteau, dépouillée jusqu'au sang
Si le sang a coulé le rouge raisinet
Ce n'était pas celui des sombres capitaines
Celui des matelots qui lui se répandait
N'émouvait pas les chefs sous le mât de misaine
Le navire amiral de la ville impériale
A sombré corps et biens en toute indifférence
Contrits les combattants de la lutte finale
Ont posé leur mouchoir par-dessus la souffrance
Aujourd'hui méprisés les forçats de la faim
Les damnés de la terre et les jaunes jaquettes
Reprennent le pavé par maints espoirs défunts
Qui a semé le vent récolte la tempête
Christian Plain-Texier